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Un songe d'Hivernel

En ce jour de Noël, et accessoirement d'Hivernel, la plus grande partie d'entre vous s'échangent cadeaux et histoires autour d'un bon repas. Pour propager cette ambiance également au sein de notre communauté, voici un conte retraçant l'histoire d'un des plus mystérieux personnages de Guild Wars 2. Nous espérons que vous l'apprécierez.

A chaque hivernel, nombreuses sont les histoires contées aux enfants de toutes régions et de toutes natures, et chaque espèce a son propre folklore et ses propres traditions s'agissant de la fête de l'hiver. Mais cette histoire s'est fortement transmise avec le temps et a pu toucher les cœurs et les esprits à travers toute la Tyrie. Cette histoire est celle d'un Skritt.

Celui-ci vivait dans une caverne, entouré de qui-brilles et autres richesses dont il ne savait la valeur. Mais dans cette caverne, il y avait d'autres Skritts, et il ne les aimait guère. Il avait donc établi sa maison tout en haut des cavités, où personne d'autre que lui ne pouvait grimper. Il gardait ses qui-brilles jalousement, à l'abri des doigts de ses semblables, et bien plus encore à l'abri de leurs yeux. Il ne leur parlait pas, ne mangeait jamais avec eux, n'allait jamais à la recherche de nouveaux objets étincelants lorsqu'ils le lui proposaient. Pourtant, il revenait toujours chargé de trésors bien qu'il partait seul. Les autres avaient longtemps essayé de connaître son secret, mais il avait toujours refusé de le leur révéler, et ils avaient fini par abandonner, tristes et déçus. D'après les plus vieux, il avait toujours vécu comme cela, depuis qu'il était arrivé un jour avec trois énormes sacs remplis de babioles attachés derrière son dos. Avait-il de la famille ? Des amis ? D'où venait-il ? Là encore, personne n'avait pu obtenir de réponses. En dehors de ses allées et venues, il était très discret et on ne le remarquait presque pas. Une fois cloitré dans son haut recoin, il n'y avait plus qu'une seule chose qui leur rappelait qu'il était là, quelque part, à faire on-ne-sait-quoi : ses grognements et murmures qui résonnaient au plus profond de la nuit. Les Skritts qui habitaient les niveaux inférieurs échangeaient souvent leurs trouvailles avec différents voyageurs et marchands ambulants qui traversaient la zone. Un jour que l'un d'eux, une musicienne itinérante humaine, troquait quelques breloques contre une boîte à musique que l'un d'eux avait trouvée, elle avait entendu ces fameux grognements et leur avait demandé ce que c'était. Une fois qu'ils lui avaient expliqué, celle-ci s'était mise à rire et leur avait expliqué qu'il lui rappelait l'histoire d'un vieux grincheux qu'elle avait entendu petite, et pour cette raison elle avait décidé de le désigner sous le nom d'Ebenezer Skritt. Ce surnom amusa les autres résidents qui finirent eux aussi par rapidement l'appeler ainsi. Lui n'appréciait pas, et il les détesta encore plus. De ce jour, il grimaça plus souvent encore lorsqu'il les regardait, et ils l'aperçurent de moins en moins.

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Ebenezer Skritt était en réalité malheureux. Il connaissait les Skritts : tous des voleurs, des sournois, des nuisibles. Les autres choses qui peuplaient les alentours ne valaient guère mieux : des bandits humains, des volatiles qui l'attaquaient, attirés par ses trouvailles éclatantes, des Wargs, de méchants Asuras parfois, … . Il ne trouvait finalement de réconfort que lorsqu'il rentrait chez lui, qu'il pouvait observer son magnifique trésor et le ranger à nouveau pour voir faire briller son habitat à la lueur d'une simple bougie. Mais sa joie ne durait qu'un temps. Il était malheureux car il ne parvenait pas à trouver ce qui enfin ferait de sa maison un paradis, l'ultime qui-brille autour duquel ranger tous les autres et qu'il pourrait admirer tous les jours. Il était allé au sommet des arbres, descendu sous terre, il avait pris le risque de se faufiler dans des camps et laboratoires sordides et dangereux à sa recherche, mais il ne l'avait jamais trouvé. Certains avaient bien brillé longtemps et intensément, mais toujours ils avaient fini par se ternir. Quand cela arrivait, grande était sa tristesse, alors il jetait loin en-dessous ce faux qui-brille pour ne plus jamais le voir.

Il voulait aller voir plus loin. Il savait qu'un monde entier d'objets brillants et étincelants l'attendait derrière les montagnes, les forêts, les rivières. Mais s'il partait longtemps, les autres Skritts allaient venir lui voler son précieux butin, cela ne faisait aucun doute. Il ne pouvait pas leur faire confiance, il les avait entendu dire, chuchoter : ils voulaient savoir ce qu'il y avait chez lui. S'il ne revenait pas chaque nuit, il ne reverrait plus jamais ses choses. Ah, comme il souhaitait qu'ils ne soient pas là ! Partis. Disparus. S'ils ne trouvaient pas de qui-brilles, c'était leur faute ! Ils cherchaient mal, se disait-il. Ils sont stupides, aveugles et fainéants !

 

Un jour, il décida de s'aventurer dans un coin qu'il n'avait encore jamais exploré. Les autres y allaient parfois, mais ils avaient peur et ne cherchaient jamais très loin. Un gros vilain de métal vivait là regardait partout, et on disait qu'aucun des Skritts qu'il avait croisé n'était revenu. Même les autres méchants qui vivaient aux alentours ne venaient jamais dans cette zone. Mais lui l'avait regardé un moment, bien caché, et il avait vu que le gros vilain semblait toujours faire la même chose. Une fois hors de vue donc, il se glissa avec rapidité et discrétion derrière son chemin de ronde. Il y découvrit des constructions étranges toutes abîmées par les herbes et les arbres. Il s'y introduisit par un trou creusé quelques mètres en hauteur par une branche et découvrit un petit hall poussiéreux menant à un escalier. En bas de celui-ci, trouva un grand nombre de caisses contenant des « bidules » sans intérêt pour lui, de gros flacons de liquides nauséabonds et plein de morceaux de petits vilains en métal. Toutefois, au bout d'un couloir, quelque chose attira son regard. En se rapprochant craintivement, il identifia la chose comme un bouton. Il grommela un moment en le regardant, se demandant s'il devait appuyer dessus ou non. Mais il restait un Skritt, et sa curiosité l'emporta. Lorsqu'il appuya dessus, le mur sur lequel il se trouvait recracha une boule grosse comme sa tête : c'était la plus scintillante et fascinante qu'il avait vue de toute sa vie. Un qui-brille d'une immense valeur, sans aucun doute possible. Il jeta plusieurs coups d'œil autour de lui, puis s'en empara de ses deux mains et se mit à trembler. Des picotements lui parcouraient soudain le corps de la tête aux pieds, et une intense lumière blanche envahit la pièce.

Il retrouva ses esprits à quelques mètres de l'interrupteur, avec la sphère à ses pieds. Elle brillait toujours autant, mais il était désormais méfiant. Il commença par la pousser légèrement du pied, puis se recula en grognant après l'avoir à peine touchée. Rien ne se passa. Il la tapota à nouveau, avec sa main cette fois : toujours rien. Il s'arma alors de courage, et attrapa vigoureusement l'objet en poussant un cri soudain. Mais là encore, la boule ne lui fit rien. Il se mit alors à sourire : il avait trouvé son nouveau plus beau qui-brille, et celui-ci était prometteur. Il avait réussi là où tous les autres avaient échoué. Il l'avait eu le premier ! C'était le sien, et le sien uniquement. En retournant dans la salle, toutes les autres bricoles un peu lumineuses étaient devenues ternes, sans éclat. Rien ne valait plus sa grosse boule bleutée.

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Mais en ressortant, quelque chose l'inquiéta : où pouvait être le gros vilain de métal ? Ce tas de ferrailles était-il caché quelque part ? Était-il possible qu'il veuille également son qui-brille ?, se demandait-il. Ses grognements ne s'interrompaient pas, et il commençait à avoir peur. Le vilain faisait toujours beaucoup de bruit. Or là, aucun. Il resta caché pendant un long moment avant de se décider à sortir. Alors il courut, vite et longtemps. Jusqu'à être à bout de souffle et reconnaît l'un des chemins qui passaient près de sa caverne. Il s'assit un moment dans un buisson pour reprendre ses forces, manger plusieurs des choses juteuses qui étaient accrochées autour de lui, et regarda à nouveau la boule bleutée qu'il avait rangée dans son sac : elle avait toujours la même intensité, elle le captivait toujours autant. Quand il reprit ses esprits, il se rendit compte qu'il avait dû la regarder pendant très longtemps. La lumière n'avait attiré personne à première vue. Il avait visiblement de la chance : il n'avait croisé personne depuis qu'il avait quitté l'étrange maison de pierre. Il regagna l'entrée de la caverne sans voir d'avantage de monde, ce qui le rendit instantanément méfiant : l'endroit grouillait toujours de Skritts et il lui fallait être malin pour rentrer sans être vu. Il craignait qu'ils se soient cachés pour lui sauter dessus et lui voler son trésor. Mais jamais ils n'auraient celui-ci. Il entra donc prudemment et s'arma d'une petite pierre. Plus il avançait, plus il se rendait compte que quelque chose clochait réellement : les habitants de la caverne n'étaient pas très rusés ni habiles pour se cacher, ils ne pouvaient pas être aussi discrets. Il chercha dans les lieux où ils se regroupaient habituellement, mais ceux-ci étaient vides. Il inspecta aussi furtivement quelques trous où certains devaient vivre : des breloques partout, une odeur horrible, un bazar sans nom, mais nul part la moindre trace d'un fouineur. Il fallait qu'il se rende à l'évidence : il était seul. Enfin. C'était le plus beau jour de sa vie : il avait réalisé les deux vœux qui lui étaient les plus chers. Il n'aurait plus jamais à craindre pour ses choses, et le monde lui tendait les bras. Mais en avait-il encore besoin ?, se demandait-il. Après tout, il avait le qui-brille tout rond et tout bleu, et plus il le regardait, plus il le trouvait parfait. Il passa des heures à tout ranger à nouveau pour mettre sa nouvelle babiole favorite en valeur de sorte à pouvoir l'observer de n'importe où. Quand il eut fini, il s'écroula de fatigue peu après. A son réveil le lendemain, il eut d'abord peur que la journée de la veille ne fut qu'un long rêve, mais en posant les yeux sur son qui-brille préféré, ses doutes furent très vite dissipés. En descendant dans la grotte, il vit rien n'avait changé non plus. Et toujours aucune trace du retour d'un des indésirables habitants. Enfin il était libéré de son angoisse constante. Dans les jours qui suivirent, il s'aventura à nouveau à l'extérieur et constata un autre fait surprenant : tout était silencieux. Les dangers de l'extérieur avaient tous disparus. Il se rendit compte qu'il était désormais vraiment seul. Et cela ne l'enchanta que d'avantage : tous les qui-brilles qui pouvaient exister étaient à lui, et personne ne viendrait les lui prendre. Il pouvait bâtir une maison entière en qui-brilles !

Et c'est ce qu'il fit. Au cours des mois suivants, il trouva une charrette dans un camp de bandits humains et y entreposa tous les objets de valeur qu'il possédait. Il voyagea un moment à la recherche de nouvelles trouvailles, poussant son lourd attelage avec difficulté et détermination. Il finit par trouver l'endroit idéal, près d'un lac et protégé du vent. Plein de bonnes choses poussaient dans les environs, et il avait largement assez de choses pour construire le palais de ses rêves. Il commença par poser sa sphère favorite sur un rocher légèrement creusé face à lui : elle luisait de toute sa force, somptueuse et enivrante. Ainsi vit-t-il un temps, paisiblement, entouré de ses merveilles dans son coin idyllique. Jusqu'au jour où il se rendit compte que son bonheur n'était pas parfait. Il avait pourtant tout ce qu'il lui fallait, mais cela ne suffisait pas. Il y avait quelque chose d'autre. Et il finit par comprendre la raison de ce sentiment de vide qui grandissait au fil des jours et des semaines. Il était seul, il ne risquait donc rien. Mais avoir tous ces qui-brilles ne lui servait à rien s'il n'y avait personne auprès de qui savourer ses efforts. Au fond, il n'avait qu'un fragment de tout ce que le monde pouvait lui offrir, et puisqu'il n'y avait plus personne d'autre que lui, tout lui appartenait. Il se sentait alors comme l'un de ces Skritts qu'il détestait. Il n'avait finalement rien, et il était devenu paresseux.

Il se remit donc en route à la recherche de nouvelles choses brillantes à amasser. Il devait toutes les obtenir. Et le temps passa, mais à nouveau il se rendit compte qu'il ne pouvait s'éloigner de sa maison trop longtemps. Il ne comprenait pas pourquoi, puisqu'après tout il était seul, se disait-il. Il n'avait pourtant pas le cœur à remballer ses affaires et reconstruire sa demeure ailleurs. Il commençait à se lasser de cette recherche perpétuelle. Quand un beau jour, revenant d'une promenade peu fructueuse, il fut stupéfait de constater un changement près de sa maison. Un deuxième attelage s'y trouvait, plus grand encore. Il courut jusqu'à son palais, et y découvrit un Skritt, assis devant sa belle boule lumineuse. Fou de rage, il se jeta sur lui et remarqua que le Skritt était vieux et faible. Ce dernier semblait bien patibulaire, usé et aigri par le temps. Voyant le plus jeune relâcher sa vigilance, il lui asséna un coup de coude et se redressa sur ses deux jambes avant de lui aboyer dessus. Le propriétaire des lieux semblait confus : il n'avait plus vu âme qui vive depuis des lustres, il ne savait plus comment réagir. D'instinct, il se dirigea vers sa babiole préférée. « Stupides choses crasseuses pas intéressantes », lui lança-t-il aussitôt. Il ramassa un petit sac, quelques légumes et s'en alla en lui disant « assez chaud maintenant, plus besoin de rester ». Et il reprit son chemin.

 

Le Skritt se méfia et vérifia que rien ne lui avait été volé. Tout était là. Et malgré tout, il ne pouvait plus cesser de penser à ce vieux Skritt qu'il avait croisé. Il décida de partir à sa rechercher, et le retrouva deux jours plus tard. Il n'avait pas fait beaucoup de chemin et semblait à bout de force. Il finit par faire ce qu'il n'avait plus fait depuis des années : il discuta avec lui. D'abord réticent, l'ancien finit par lui répondre. « Venir de partout », lui avait-il déclaré. « Avoir cherché toute la Tyrie. Là où il y a du froid. Là où trop chaud. Partout ». Le plus jeune voulu en savoir plus, s'il existait des endroits encore plus merveilleux, ce que lui avait trouvé. Sa réponse le démoralisa affreusement : « Faire ça depuis … plus savoir. Toujours. Fatigué. Chariot lourd. ». Il continua à grommeler un moment pendant que l'autre restait sans voix. Il finit par se ressaisir et voulu savoir ce qu'il avait découvert. S'il existait des choses aussi belles que sa sphère. « Ppff, ça. Plein. Aucune valeur. Toutes jetées. Comprit trop tard quoi vouloir pour de vrai. », lui rétorqua-t-il de plus belle. Le jeune Skritt était désemparé. Il voulu en savoir encore plus, mais l'autre cessa de lui parler et finit par disparaître au loin.

Il rentra donc chez lui, abattu, triste. Ce vieux Skritt aurait dû être heureux. Il avait des choses en grand nombre, il avait tout vu. Mais il avait été seul toute sa vie ?, se demanda-t-il. Il ne voulait pas finir ainsi. Mais il ne savait pas quoi faire. Il se mit donc en tête de retrouver les autres nuisibles. Il chercha longtemps, partout, mais ne trouva personne. Puis finit par se retrouver devant son ancienne grotte. Rien n'avait changé. A un détail près : il y avait du bruit. Quelqu'un ou quelque chose semblait parler. Une voix extrêmement aiguë, désagréable. Cette fois-ci, il entra sans crainte pour lui ou pour son chariot. Il grimaça en constatant que son appréhension se confirmait : dans un coin de pénombre légèrement surélevé s'agitait un Kit, un tout jeune Skritt qui ne faisait pas la moitié de sa taille. Il courait dans tous les sens, prenait des choses, les lançait d'un bout à l'autre de la caverne, grimpait et descendait selon un plan que lui seul devait comprendre. Il mit un moment avant de remarquer la présence d'un autre Skritt à l'entrée. Il s'arrêta net en le voyant, l'étudia un bon moment avec de grands yeux ronds, puis se mit à sourire en courant vers lui. Immédiatement, le Skritt s'arma d'un morceau de ferraille qui trainait à côté et se prépara à une éventuelle bagarre. Mais à la moitié du chemin, le Kit le gratifia d'un « un nouveau copain ! » auquel il ne s'attendait pas. Ce qui le rendit encore plus méfiant : on ne l'avait jamais vraiment apprécié, et il n'avait rien fait pour que cela change, et ça lui convenait parfaitement. Le Kit ne semblait pas très futé, mais ne pouvait-il pas être dangereux ?, songeait-il.

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Le Kit lui parlait, mais il n'en écoutait pas un mot. Il détestait les Kits par dessus tout. Ils étaient comme les autres nuisibles, mais en pire : ils s'aventurent partout, ne font que parler, gesticuler, et surtout l'ennuyer. Et celui-ci promettait d'être un sacré enquiquineur. Il finit par l'interrompre pour lui dire que l'endroit était à lui et qu'il ne voulait pas l'y voir. Il se sentait peut-être seul, mais cela valait toujours mieux que de devoir partager sa maison avec ce petit aimant à problèmes. Mais le Kit persistait, et lui non plus n'écoutait rien apparemment. Tout en continuant ses bavardages insupportables selon le plus vieux, il fouillait les tas de terre et de poussière autour et s'émerveillait à chaque nouveau qui-brille exhumé. Le Skritt abandonna donc et fit demi-tour. A la nuit tombée, il avait installé un petit campement et s'apprêtait à dormir quand il entendit du bruit derrière lui, dans son chariot. Quand il alla voir, il découvrit avec surprise le Kit de la caverne allongé sur ses choses, un bibelot transparent entre les mains. Aussitôt, il lui hurla dessus, lui ordonna de le laisser tranquille et de ne plus jamais s'approcher. Le Kit voulu protester, mais l'air menaçant de l'autre le dissuada et il partit, la mine remplie de tristesse. Ebenezer le regarda s'enfuir un moment avant de retourner se coucher. Comme avec le vieux Skritt, il n'avait pas envie de le voir trainer dans les parages, mais se demandait néanmoins s'il avait fait le bon choix. Quelques jours plus tard, il se résigna et entreprit de retourner à la caverne. En y arrivant, il fut toutefois surpris de ne pas trouver le Kit. Il prit même la peine de chercher dans toutes les cavités, mais nul trace du petit. Résolu à ne pas s'épuiser en vain, il préféra décharger son chariot plutôt que de continuer à le chercher dehors. Son ancien chez lui était resté tel quel. Un peu plus humide peut-être. Et comme il avait bien plus de brillants que lorsqu'il était parti, le déballage et le rangement lui prirent plus de temps que prévu. Il avait même dû en stocker une partie dans un renfoncement juste à côté. Évidemment, sa jolie boule bleue occupait le centre de la « pièce principale ».

Ainsi se retrouvait-il au même endroit. Comme avant. Qu'avait-il réussi à faire finalement ? Son voyage ne lui avait rien apporté, sinon des doutes, de la peine, plus de vide. Il resta ainsi plusieurs jours sans rien faire, utilisant ses réserves d'eau et de légumes secs. Un soir, lorsqu'il tourna la tête vers l'entrée de sa grotte, il le vit. Le Kit était là, immobile, les yeux rivés sur son brillant préféré, la bouche grande ouverte. Depuis quand était-il là ? Pourquoi ne l'avait-il pas entendu ? Sa première pensée fut de vouloir le chasser avec pertes et fracas, mais il se ravisa et se contenta, en grognant, de lui demander ce qu'il voulait. « Plus beau qui-brille du monde » murmura le Kit en guise de réponse. L'autre rétorqua qu'il n'était pas à lui et qu'il ne lui laisserait jamais y toucher. « Pas vouloir ce qui-brille. Juste regarder » affirma-t-il en se recroquevillant de peur. Ebenezer le laissa ainsi un moment, puis le pressa de partir. Moins méchamment que d'habitude. Le Kit se contenta d'un hochement de tête. Il resta dans les niveaux inférieurs pendant les jours qui suivirent, à chercher de quoi construire sa propre maison comme celui qui habitait tout en haut, qui ne le quittait plus des yeux. Il attendait la nuit pour aller chercher à manger, quand le Kit dormait. Et puis un jour, il ne l'entendit plus. Il pensa tout d'abord qu'il était parti, mais il finit par le trouver par terre, inerte. Le Kit respirait à peine et semblait faible. Le Skritt se rendit compte qu'il n'avait sûrement pas mangé depuis longtemps et lui laissa une partie de ses réserves avant de s'aventurer dehors. S'il avait la force de les prendre, il survivrait sûrement. A son retour, il n'avait toujours pas touché aux provisions. Il hésita un moment, soupira, grogna, puis le força à boire et à manger avant de remonter dans sa tanière. Le lendemain, le Kit marchait de nouveau. Et chantait, ce qui finalement agaça son sauveur. Pourtant, il le laissa. A partir de ce jour, il sortit plus régulièrement, de jour comme de nuit. Chaque fois, il laissait un peu de nourriture dans un coin avant de grimper.

 

Les semaines s'ajoutèrent ainsi aux jours. Puis les mois s'ajoutèrent aux semaines. Désormais, le Kit suivait son mentor partout. Ebenezer n'avait rien demandé et ne lui parlait toujours pas, mais son disciple auto-proclamé ne semblait pas s'en affliger. Il trouvait sa présence, même silencieuse, réconfortante. Il finit par lui raconter que les autres Kits ne l'avaient jamais aimé, qu'il avait été seul depuis aussi loin qu'il se souvienne, et qu'il pensait que quand tout le monde avait disparu, ils s'étaient enfuis et l'avaient abandonné. Ainsi, s'il s'était attaché à lui, c'était parce qu'il était l'un des seuls à ne pas l'avoir traité de voleur ou à l'avoir frappé pour le faire partir. Le Skritt ne lui avait évidemment rien répondu. Mais quelque part en lui, la vie de son camarade de fortune le troublait. Elle lui rappelait quelque chose, mais il ne parvenait pas à s'en souvenir. Alors qu'il était perdu dans ses pensées, il se mit à neiger. Il réalisa alors que c'était le début de l'hiver, et il ne voulait pas se l'avouer, mais ne pas être seul rendait la saison moins triste, moins froide. Chercher des choses était aussi moins pénible. Et dans un sens, entendre ses jacasseries au milieu du paysage blanc et désolé avait quelque chose de rassurant. Il n'arrivait pourtant pas à le comprendre. Le Kit semblait toujours joyeux et plein d'entrain alors qu'il ignorait tout de la vie. Lui avait vécu assez de choses pour pouvoir dresser une liste de ce qu'elle réservait. Et la joie en était absente.

Plus la saison avançait, moins leurs sorties étaient fréquentes. Leurs provisions se faisaient rares, et bientôt ils en manquèrent. Plusieurs jours de suite, ils revinrent bredouilles. Pire encore, Ebenezer avait de plus en plus de mal à grimper dans son antre. Et il finit quelques temps plus tard par tomber malade au point de ne plus pouvoir bouger. Ses pieds étaient froids et ne bougeaient plus, son ventre le faisait atrocement souffrir. Son camarade Kit était quelques fois revenu avec une poignée de choses vertes sans goût qui ne l'avait soulagé qu'un temps. Et puis il était parti. Il l'avait entendu dans la nuit prendre le chariot et quelques sacs, mais il n'avait pas eu la force de se lever pour l'en empêcher. Ni même d'articuler le moindre mot ou grognement. Il était à nouveau seul, et faible cette fois. Lui qui avait toujours considérer les autres comme des êtres inutiles et gênant en était devenu un. Il se sentait lentement disparaître, impuissant. Combien de temps s'était écoulé depuis qu'il était cloué chez lui ? Il n'en avait pas la moindre idée. Lorsqu'il se réveillait, il constatait chaque fois qu'il était bien seul et combien la présence d'un autre lui avait été réconfortante. Il fixait désormais ses richesses, ses précieux qui-brilles : aucune de ces choses ne lui servait à quoi que ce soit désormais. Il leur avait consacré tout son temps, toute son énergie, il avait veillé sur eux plus que sur toutes autres choses. Et que faisaient-ils pour lui aujourd'hui ? Il se retourna et tomba sur sa magnifique sphère bleutée. Depuis le jour où il l'avait trouvée, sa lueur n'avait faibli. Mais qu'est-ce qu'elle lui avait apporté ? Le vieux Skritt d'autrefois avait raison, ce qui-brille était finalement sans intérêt. Depuis qu'il l'avait trouvée, sa vie avait empiré. Il avait cru obtenir ce qu'il avait toujours souhaité, mais tout ça n'avait été qu'un piège, une illusion longue et terriblement cruelle. Désormais que sa vie touchait à sa fin, il n'éprouvait que regrets et tristesse. Puis il ferma une nouvelle fois les yeux. Très longtemps.

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Quand il revint à lui, il cru d'abord qu'il avait enfin cessé de vivre. Son corps lui faisait moins mal et la chaleur se répandait en lui. En ouvrant les yeux, il découvrit deux autres grands yeux ronds qui le fixaient, puis ses oreilles se vrillèrent. Il reconnut le Kit et ce qui ressemblait à un « ouiiiiiiiiii » de satisfaction. Il arrivait désormais à se redresser mais n'était néanmoins pas complètement au mieux de sa forme. Le Kit courait partout, descendait et remontait des choses, continuait à pousser des cris suraigus extrêmement déplaisants. Il se rendit également compte qu'une grande partie de ses qui-brilles avaient disparu pour laisser place à des tas de brindilles, d'herbes et de toiles. Son chez lui était chamboulé. Le Kit s'était débarrassé de toute une vie de travail. C'en était trop pour lui. Il avait cru revenir à la vie, il avait cru qu'on l'avait sauvé alors qu'en réalité, tout cela n'était qu'une nouvelle ruse d'un sale Skritt pour le voler. Il était fou de rage. Il vit le Kit escalader la corniche et aller dans la cavité juste à côté. Il avait beau manquer d'énergie, il allait lui faire payer. Il se hissa tant bien que mal de l'autre côté et s'apprêtait à se jeter sur lui, quand quelque chose l'éblouit. Ses qui-brilles étaient là. Intacts. Rangés. N'importe comment, mais rangés d'une façon ou d'une autre. Le Kit l'aperçut et ricana en lui expliquant qu'ils prenaient trop de place qu'il fallait autre chose pour le garder au chaud, à quel point il avait été fier de son idée. Ebenezer ne savait pas quoi dire. Il avait honte. Il n'avait jamais été gentil avec le Kit, il ne lui avait jamais parlé, n'avait jamais rien fait pour lui. Et pourtant, ce dernier lui avait sauvé la vie. Alors il ne put contenir ses larmes. Il se souvenait de toute l'amertume qu'il avait ressentie les jours passés, la rancœur contre ses brillants et son souhait ardent de voir revenir le Kit. Et pourtant, une fois réveillé, il avait à nouveau agi comme avant. Il était prêt à faire du mal à son sauveur pour des choses qui l'avaient abandonné.

Le Kit ne comprenait pas. Il crut d'abord avoir fait quelque chose de mal et s'était réfugié derrière une pile de bidules luisants. Puis, il questionna leur propriétaire qui, pour la première fois, lui répondit. Il lui avoua toute la vérité, ce à quoi le Kit rétorqua : « Pas vrai. Avoir caché délicieux partout dans la caverne avant. Moi vu. C'est pareil ! ». Il réalisa alors qu'il avait été capable de gentillesse. Il se souvenait avoir fait quelque chose pour un autre que lui. Mais il se sentait toujours redevable. Il n'était pas moins méchant pour autant. Alors, avec hésitation, il commença à lui parler. Ils revinrent près du feu. Mangèrent. Discutèrent. Jusqu'à ce que le Kit s'arrête, lui tende la main et lui déclare « Ça trouvé. Pour toi. Premier qui-brille ! ». Ce qu'il lui avait donné n'était qu'un caillou à peine brillant. Sans intérêt à côté du reste de sa collection. Mais le Kit s'était donné du mal pour le trouver : ses pieds et ses mains étaient rouges, couverts de griffures. La neige dehors était épaisse et s'il avait tiré le chariot, cela avait dû lui demander des efforts terribles. Il se sentit à nouveau mal. Il n'avait rien pour lui. Mais il pouvait toujours lui offrir l'une de ses choses qu'il avait trouvées dans le passé. Il se mit à brasser du regard son trésor. Tout était trop précieux. Il ne voulait pas se séparer d'une seule d'entre elles. Mais quelque chose avait changé en lui : à chaque fois qu'il les regardait, il se souvenait maintenant de sa colère et ses regrets lorsqu'il se sentait mourir. Il voulait tout à la fois les garder et les détester. Et puis, son regard s'arrêta. Il hésita un long moment. Mais finalement, il se leva, pointa l'objet du doigt et dit d'une voix mal assurée au Kit « A toi maintenant ». Les yeux du Kit s'écarquillèrent : ce qu'il désignait, c'était la boule bleutée. Sa plus brillante possession. Il s'en étonna et lui fit remarquer qu'il y tenait plus que tout. « A toi ! », gronda l'autre. Alors le Kit bondit, fou de joie. Ebenezer se sentait étrangement libéré d'un poids. Il avait la sensation d'avoir pris la bonne décision. Et quand le Kit attrapa la sphère, quelque chose d'incroyable se produisit. Son jeune ami, tourné vers lui, l'objet précieusement blotti contre lui, arborait le sourire le plus radieux qu'il avait pu voir. « Merciiiiiiiiiiiii, ahahaha » ne cessait-il de dire. Mais pour le Skritt, il se passait autre chose. A ses yeux, la scène était éblouissante. La sphère n'avait jamais brillé autant. Il devint un instant jaloux. Puis comprit. Il avait trouvé son qui-brille ultime. Ce qu'il avait toujours cherché, c'était ça : la sphère n'avait jamais autant brillé quand il la gardait pour lui. En offrant ce qu'il avait de plus cher à quelqu'un qu'il appréciait, il découvrait la joie de faire plaisir. Et tout devenait alors tellement plus brillant. Comme il souhaitait à cet instant n'avoir jamais voulu la disparition de ses congénères. Soudain, le Kit posa la boule, courut vers lui et lui sauta dans les bras.

 

Il se retrouva alors projeter contre un mur poussiéreux. Il n'était plus chez lui. Il était devant le mur avec le bouton, dans l'étrange couloir. La sphère bleue se trouvait là où il l'avait prise autrefois. Mais elle ne brillait plus du tout. Son corps tout entier le piquait. Il ne comprenait pas pourquoi il était là. Il songea à retourner à toute vitesse à la caverne, puis se rendit compte qu'il n'y avait plus de neige dehors. Et un bruit effrayant : le gros vilain de métal était de retour. Il patienta donc jusqu'à ce qu'il parte, puis reprit son chemin. Une fois devant la caverne, il comprit : les autres étaient revenus. Il y avait des Skritts et des Kits partout. Il s'approcha de l'un d'eux avec méfiance, et trouva le courage de leur demander où ils étaient allés tout ce temps. L'autre le considéra avec méfiance, mais lui rétorqua qu'ils n'avaient jamais bougé. Que lui en revanche avait disparu pendant deux jours, mais que personne n'était parti le chercher. Il ne comprenait pas. Il devenait fou. Il réfléchit longtemps dans son antre. Très longtemps. Puis, il redescendit, et pour la première fois alla manger avec les autres. Ils s'en étonnèrent tous. Cela se produisit tous les jours pendant plusieurs semaines. Il n'arrivait pas à savoir ce qui lui était arrivé. Il finit par croire que tout n'avait été qu'un rêve. Pour s'en persuader, il essaya une dernière chose. Il chercha dans sa collection un objet, peu brillant et rangé au fond de sa tanière. Il redescendit, et l'offrit à l'un des Kits qui s'asseyait à côté de lui chaque jour. Au départ apeuré, il l'accepta finalement et, comme dans son rêve, leKkit n'en fut que plus joyeux. Et soudain, tout s'éclaircit. Il se souvenait de ce qui-brille tout terne et crasseux. Quand il était lui-même un Kit, on le lui avait donné. Quelqu'un avait été gentil avec lui lorsque personne ne l'aimait. Il se rappelait pourquoi il n'aimait pas les autres : il avait toujours été mis à l'écart. Le Kit de son rêve, c'était lui ! Il remonta en vitesse, s'empara de son sac, enfourna plusieurs de ses choses, et redescendit les donner aux autres. Tous réagirent pareil.

A compter de ce jour, les autres Skritts commencèrent à se rapprocher de lui. Il leur parlait, il partait fouiller avec eux. Il les écoutait. Il avait même quitté sa cavité où personne d'autre ne pouvait grimper. Et il vécut ainsi des mois durant. Puis disparu. L'hiver arriva. Tout le monde se terrait chez lui, au chaud. Et un matin, ils trouvèrent tous à l'entrée de chez eux une boîte. Dedans, il y avait un qui-brille. Personne ne savait qui les avait mis ici. Mais tous étaient contents. L'hiver fit place au printemps. Et le printemps amena avec lui quelques grognements : Ebenezer était revenu. Il avait voyagé et trouvé des qui-brilles que personne n'avait encore jamais vus. Il avait aussi un étrange morceau de laine rouge autour du coup. On le questionna longtemps et maintes fois, mais il ne leur raconta jamais où il avait été.

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Et il vécut ainsi, jours après jours, mois après mois, années après années. Et à chaque hiver, il disparaissait pour ne revenir qu'au printemps. Quant aux voyageurs qui parfois rendaient visite aux Skritts, c'est une bien étrange histoire qu'ils leur racontèrent un jour. D'après eux, à chaque hiver, quand approche la nuit de la fête appelée Hivernel, il paraît que l'on peut entendre des bruits très étranges, comme des grognements au fond de la nuit. Certains enfants, de toutes les espèces, piqués de curiosité, disent avoir veillé toute la nuit et surpris le responsable. Pour certains, c'est un Quaggan. Pour d'autres, c'est un tout petit golem d'Asura. Mais pour quelques rares autres, ce serait un Skritt avec une écharpe rouge et un sac rempli de cadeaux, qui se glisserait dans les maisons des gens les plus pauvres et déposerait un paquet à chaque fois. Puis, il repartirait discrètement en grognant et en murmurant « Hin hin, et un autre de fait ».

Pour beaucoup, cette histoire n'est qu'une légende basée sur les mensonges des orphelins. Mais pour d'autres, c'est le grand porteur de cadeaux. Celui qui apporte la joie là où il n'y en a plus assez. Pour eux, ceci est l'histoire du Père Skrittel !

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Commentaires (1)

ninheve
  • 1. ninheve | 26/12/2015

Excellent conte d'hivernel que j'ai vraiment pris plaisir à lire. Merci :)

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